Comme tous les enfants Asperger, Thomas a une passion quasi obsessionnelle : les histoires. Ce fut d’abord le règne des cassettes VHS, aujourd’hui c’est celui des DVD : Thomas range soigneusement dans un grand coffre en bois un nombre phénoménal de DVD… C’est bien simple : il connaît mieux les dizaines de dessins animés des Schtroumpfs que Peyo lui-même, et les grands classiques des Studios Disney n’ont pas de secret pour lui…Sans oublier Tintin, Père Castor et autre Babar : les héros de fiction ont rythmé sa vie depuis sa prime enfance. Et quand il a fini de regarder un DVD, il prolonge volontiers sa rêverie avec des vieux 33-tours ( vous vous souvenez des livres-disques avec la fée Clochette qui vous signale quand tourner la page ?) et des bouquins illustrés…
Très vite, nous nous sommes demandé : comment sortir Thomas de ce cercle enchanteur mais infernal ? Comment lui trouver des occupations qui le ramènent un tant soit peu à la vie de tous les jours ? D’autant plus que, lui-même, dès le réveil, sautait sur notre lit en disant : « Papa, je me demande bien ce qu’on pourrait faire comme activité aujourd’hui… » Aah ! le mot magique « activité » ! Combien de fois ne l’a-t-on pas entendu ! Heureusement, en ce qui concerne les exercices physiques, Thomas a développé assez vite deux aptitudes : la nage et la marche. Autant dire que nous avons fréquenté les piscines bruxelloises à une fréquence de nageur émérite ( ce que je ne suis guère ! ) et les parcs et jardins publics avec une assiduité record. Et quand Thomas marche… il marche d’« un bon pas » ! A côté de lui, le lapin Duracell est un minable : Thomas sèmerait sans peine le meilleur des détectives en filature tant il marche vite.
Autre trait caractéristique de l’enfant Asperger, Thomas aime les rituels : ils le rassurent… Alors, chaque samedi matin – après le petit DVD du réveil – Thomas m’accompagne volontiers en ville. Direction : le quartier des librairies de seconde main de la rue du Midi et de la place Aneessens… Tous les vendeurs de chez « Pêle-Mêle » connaissent la démarche quasi robotique de Thomas qui se dirige immanquablement vers le rayon « jeunesse » pour aller feuilleter des livres dont, pour la plupart, il possède déjà un exemplaire à la maison !
Au départ, ces promenades en ville avaient pour but de le distraire de ses histoires… Mais je me suis vite rendu à l’évidence : ces belles équipées du samedi le replongent avec délice dans ses obsessions premières ! Néanmoins, comme je ne conduis pas et que nous nous y rendons ( un peu ) en transport en commun et ( beaucoup ) à pied, je peux me consoler en me disant : au moins, pendant ce temps-là, il marche et n’est pas devant un écran de télévision !
Hugues Dayez